atelier d'écriture en ligne
Je suis envahi par les chats !
Le soir, c’est une véritable réunion féline sous mes fenêtres ! C’est une vraie catastrophe ! Ils miaulent sans discernement des heures durant ; ils entrent en luttes fratricides pour s’accaparer des territoires nocturnes ! C’est un réel concert cacophonique de feulements stridents ponctués de crachats nerveux et de chansons aux miaulements baroques sous la lune complice !
Ils recalculent leurs frontières, ils délimitent leurs prestations, ils s’octroient des paysages dessinés par les ombres mouvantes, tous ces raminagrobis ! C’est un jeu de rôle !
Le dominant distribue des coups de griffes à ses vassaux ! Les castrés filent doux et rentrent aux tanières et les femelles polissonnes se disputent les faveurs du matou pour enrouler de plaisir leurs queues brandies tout autour des coins du jardin !
C’est un authentique monde parallèle ! Mon toit est brûlant !
Et plus le matou est balafré, plus les chattes enflammées se pâment dans le jardin !
Et je ne vous parle même pas des grattées !
C’est rempli de merdes ! Ca pue la pisse ! Mon potager est un champ d’épandage ! On ne pourrait pas me le voler : c’est plein de sentinelles encore fumantes ! Je n’ose plus mettre les mains dans la terre ! Les chats, c’est une plaie !
J’ai commencé à grillager, à m’isoler sous de hautes fortifications imprenables. J’ai monté des clôtures avec des mailles impénétrables ; j’ai renforcé les piquets, surélevé mes barricades avec des barbelés inviolables. Je me suis enfermé derrière des palissades hermétiques. Pour mes rangées de tomates, toutes les issues je colmate…
J’ai sérieusement pensé à des douves bien remplies et bien profondes mais j’ai abandonné ce projet…
Les gens, propriétaires de ces animaux, veulent bien les nourrir, les soigner, les aimer quand ils ont le temps, mais pour les déjections, voyez ailleurs ! Ils payent la bouffe mais pas la litière, ces enfoirés ! La merde, c’est pour les autres !
Et ils vous narguent le matin !...
« Hé, bonjour monsieur Durand, nous aurons une journée ensoleillée avec toute cette belle rosée !... »
Sous-entendu : J’espère que mon chat ne va pas trop mouiller ses pattes dans ton potager ; il va encore laisser des traces dans mon couloir…
C’est des cons, les gens.
Ils se réservent le meilleur comme des ayants droit prioritaires mais le pire, c’est pour les autres locataires ! Ils récoltent le bien comme autant de fruits mérités mais le mauvais, ils le laissent aux autres. L’aisance, c’est pour eux, la fosse c’est pour moi...
Ils prodiguent des caresses à leurs animaux de compagnie préférés et, hypocrites, complaisants, ils ferment les yeux sur leurs comportements animals en dehors de leur juridiction. Ils laissent faire la nature : Chez les autres ! Et ils votent écologistes, ces cons ! La nuit, tous les chats sont gris ! Et la merde, c’est pour ma gueule !
Tous les matins, je fais le tour de la chatterie non, du jardin avec ma pelle et je récolte mon lot de crottes ! Mes laitues ont horreur des poilus ! Ça pousse plus vite que les radis ! L’été, c’est irrespirable !
Je connais des voisins qui ont planté du béton dans leurs carrés de verdure pour ne plus supporter tous ces excréments nauséabonds. Ils ont abdiqué, ils ont abandonné leurs terres fertiles aux félins félons et à leurs fieffées fientes tellement puantes.
D’autres ont acheté des chiens de garde pour les faire fuir et ils ramassent la merde tiède de leurs clébards, en échange…
J’ai pensé électrifier mes défenses. Je peux cerner ma demeure de fils avec un voltage dissuasif ! Et je laisserai un écriteau sur le portail : « Attention, haute tension ! » Je suis chez moi, après tout ! Et ces cons irresponsables, s’ils ne savent pas faire caguer leur bestiau dans une caisse à sciure, ils n’ont qu’à leur apprendre à lire !
Un jour, je prélevais des mauvaises herbes en les arrachant précautionneusement et soudain, j’ai été renversé par une odeur insupportable ! Il y en a un qui m’avait chié dans un massif d’hortensias ! On aurait dit un fruit défendu posé sur une feuille ! Et en hauteur ! J’ai cru qu’il y avait un mort en décomposition déterré dans les environs !
Il était déçu que je mette du désherbant du côté de son endroit de prédilection, sans doute… Pour me montrer son fort désappointement, il m’a laissé sa signature en unique pétition à hauteur de fleur !
Les boîtes de Ronron, Friskas et autres Shéba, quand ça passe par les boyaux d’un greffier, ça ne sent pas la rose, surtout dans un jardin ! Rajoutez à cette ambiance la chaleur de l’été et la mollesse des courants d’air...
Je vais charger des gamelles avec du thon frais, celui pêché du matin, avec de la mort aux rats ! Je vais leur préparer un menu digne d’un dernier repas ! La Cène à chats !
Je vais les soigner, ces apôtres ! Je vais remplir des sardines alléchantes avec du poison violent ! Service à toute heure ! Qu’importe ! Je rajouterai du rab s’il le faut, je débarrasserai la table et je mettrai en terre les impétrants gourmands ! On achève bien les escargots !... A l’aube, j’irai faire ma récolte de cadavres ! La chasse est ouverte ! Prenez et crevez, saloperies ambulantes ! Pour sauver mon persil, je serai sans merci…
Je soupçonne un griffu noir et blanc, celui de la pub Kit et Kat. Il est toujours dans les parages. Il m’espionne, il me nargue, il me jauge, il m’ignore, il me snobe... Il est toujours plus loin qu’une portée de pierre. A l’abri, au-delà de mes clôtures emprisonnantes, il se meut tel un filou félin féroce entre les brindilles séchées. Il se la pète façon Shere Khan dans sa jungle minuscule. Je lui mettrais bien un coup de douze ! Juste pour le voir rebondir avec une bonne centaine de plombs dans la carcasse ! C’est coriace, un chat ?! Qu’importe ! C’est un fusil à deux coups ! Je m’appliquerai ! Je vais lui mettre les boyaux à l’air, moi ! Il n’aura pas le temps de fabriquer sa merde écoeurante dans mon jardin ! Je ramasserai les morceaux ! Et si la mère Michèle éplorée se plaint : ma cartouchière est pleine ! Pour le salut de mes haricots verts, je serai tortionnaire…
Les chers animaux de compagnie ont des revers de médaille qui brillent bien mal, loin des bras de leurs maîtresses…
La nuit, d’autres mistigris viennent revendiquer les lieux. Les chats de gouttière sont sans frontières… Ils arrivent de nulle part, poussés par je ne sais quel instinct. Ils doivent s’échanger des confidences de vieux genoux cagneux, des recettes de souris, des astuces pour déplumer les moineaux ou comment s’aiguiser les griffes sur un paillasson… Chacun marque son territoire occulte et ma terre est inculte ! Ces dames ronronnent, ces messieurs se « correctionnent » : les mille minous minaudent, les misérables !...
Et si je fabriquais une cage ? On en construit bien pour les oiseaux ! Avec des barreaux bien épais et aucun espoir de libération, je confectionnerai des pièges imparables ! Par paquet de dix, j’irai les jeter dans l’Isère ! On noie bien les petits quand les portées sont trop rapprochées ; hé bien, je noierai les grands ! Pour sauver mes carottes, je les balancerai tous à la flotte !...
Bon, je vous laisse ! Il faut que j’aille surveiller mes plates-bandes ! Mes melons ne supportent pas les étrons…
La prochaine fois, je vous parlerai des chiens du quartier ; cela vaut son pesant d’histoires, aussi…
Pascal