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atelier d'écriture en ligne

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Perchman. Pascal

 

« Mais, jamais, je vais le trouver, mon figurant !... C’est vraiment à désespérer de tout !...

 

On a cherché du côté des intermittents du spectacle, on a écumé tous les bureaux de chômage de la région, on a passé au peigne fin toutes les agences intérim, on a posté des tonnes de petites annonces, on a auditionné autant de candidats, des castings  comme on dit aujourd’hui, et on est toujours au point de départ !... Mais vous savez ce que cela me coûte, ce contretemps ?...

 

Jamais, je ne vais pouvoir commencer mon film !... Et celui-là, ce bouffon, vous l’avez récupéré où ?... Non mais, vous avez vu sa touche ?!... Le perchman !... Quelqu’un a croisé le perchman ?... Il va falloir que je reprenne tout le scénario ; ben oui, toute la scène de la musique planante tombe à l’eau, maintenant !... Pourtant elle est essentielle, cette page deux mille quatorze ; c’est le prélude philosophique à la conclusion du livre !...

 

Mais vous ne pouvez pas dire à ce guignol de se barrer ?!... On ne tourne pas une comédie musicale, merde !... D’ailleurs, il faudrait enfin commencer à tourner quelque chose !... Comment ça, il ne comprend pas bien le français ?!... Bon, en désespoir de cause, on ne peut pas l’arranger un peu ?... On lui a tout mis sur le dos, à ce figurant ?...

 

La costumière !... Allez me chercher la costumière, on reprend tout !... Mais vous savez combien cela me coûte, vos errances ?!... Perchman ! Perchman !... Mais il est où, ce con de perchman !... Mais je ne sais pas, Martine !... Faites donc votre boulot de costumière !... Je vous paie pour ça !... Enfilez-lui un déguisement de musicien exotique, une armure de Don Quichotte, une panoplie de Roméo, un boléro de Ravel, je ne sais pas, moi !... Je le veux authentique !...

Mais oui, pourquoi pas, essayez donc sur lui quelques habits asiatiques : empereur japonais ou esclave népalais, pilote de pousse-pousse ou planteur de riz, samouraï ou prêtre bouddhiste mais… mais oui !... Faites-en vite un moine tibétain ! Une robe de bure, un chapeau, une auréole, des sandales !... Oui, parfait, je le tiens enfin, notre Pygmalion musicien !... Bravo Martine !... Vous devez bien avoir tout cet attirail dans vos coffres !...  

 

Mais, faut le coiffer, ce bonhomme !... Envoyez-moi la coiffeuse !... Mais, il est où ce perchman, merde !...

Ha, Petite ?... C’est vous la préposée des ciseaux effilés ?!...

Magali ?... Hé bien, mademoiselle Magali, de cette tête, vous m’en faites un porte-avion pour mouches zélées, je ne veux plus voir un poil sur le caillou de ce bonze, nouveau promu ; un cheveu ?... Coupez-le en quatre !... Faites du sommet de ce monsieur, une table rase, un mont pelé, un déplumé de la cafetière, un chauve qui peut, une calvitie et ailleurs !...

Mais oui, notre figurant premier est d’accord ! N’est-ce pas, cher monsieur le déserteur étranger ?!... Avec quelques billets, il ne va pas nous chercher un cheveu sur sa soupe !... Comment ça, une petite rallonge au contrat ?... Et pourquoi pas la vedette aussi !... Sinon, je le renvoie dare-dare dans son pays avec les carabiniers comme passeport !... Mais qui pourra vous chercher des poux dans la tête !...Tiens, je vous promets un petit espace sur l’affiche du film, deux places gratuites, trois boîtes de pop-corn pendant l’entracte !... Ne suis-je pas magnanime ?... Il n’est pas magnifique, notre comédien, non ?!...

 

La maquilleuse !... Mais qu’est-ce qu’elle fout encore, celle-là ?!... Sonia !... Sonia !... Quand vous aurez un moment de votre temps, celui que je vous paie grassement, vous donnerez à ce visage anonyme un air poupin de la meilleure dynastie ; je le veux directement issu du berceau d’un Ming, je veux un moine onctueux mais pas trop, sérieux sans être trop intellectuel, jovial sans être hilare, avec juste le petit sourire qui va bien, celui qui dit tout sans un seul mot !... C’est dans vos compétences ?!... Hé bien, allez-y !...

 

Perchman !... Perchman !... Mais qui m’a foutu un perchman pareil ?!... Hé bien, allez voir du côté du bistrot ou dans la loge d’une quelconque starlette !... Celui-là, quand il était en train de se noyer au fond du caniveau, je lui ai tendu la perche et voilà tout le remerciement !... J’aurais dû en faire un éclairagiste, tant il brille par son absence !...

 

Quoi, Martine, mais qu’est-ce qui vous met dans tous ces états ?... Vous avez oublié la malle des chapeaux et la cantine des chaussures ?... Elle est restée bloquée à l’aéroport ?... Pas grave !... Composons en direct !... Regardez comme il est beau, tête nue !... On dirait le soleil d’Austerlitz, l’œuf de Christophe Colomb, la lune sur un toit brûlant ; il n’est pas beau, notre dégarni du bulbe ?!... Mais il ira nu-pieds, notre gentil confesseur des alpages !... On ne va pas lui faire descendre le chemin de Compostelle !... Le naturel attire l’évidence, le hasard superviseur est le véritable metteur en scène des Choses !...

 

Faudra quand même lui faire un petit ourlet sur sa robe, faudrait pas qu’il se vautre dans les décors, au prix du matériel… On dirait un prieur qui répète mollement son train de dévotions devant l’hôtel des Petites Vertus !... Bon, faut le sédentariser, cet homme-là !...

 

Accessoiriste !... Accessoiriste !... Mais qu’est-ce qu’il bricole encore, celui-là ?!... L’est sans doute dans l’hôtel, l’assidu ; lui, il ne prie pas avec le même cierge !... Ha, le voilà !... Vous n’avez pas vu le perchman, il me le faut à tout prix !... Vous avez de quoi poser mon mandarin sur une chaise ?!... Non, pas une chaise d’époque, une chaise normale avec ses quatre pieds et l’envie de s’asseoir dessus !...

 

Bon, faudrait lui mettre quelque chose dans les bras, à cet homme. Il faut lui occuper les mains !... Qui a le script ?... Mais qui a le script ?... Page deux mille quatorze, il a un instrument de musique : c’est écrit !... Enfin, quelqu’un a lu le livre ici ?... Envoyez-moi le scénariste, l’auteur du bouquin ou son avocat ; on arrivera bien à s’entendre sur la nature de l’instrument !...

 

Vous êtes qui, vous ? Et que faites-vous sur ma scène ? Mais on va tourner, là !... Vous êtes l’aide accessoiriste stagiaire bénévole ?... Enfin quelqu’un de bien !... C’est à vous la petite gamine qui joue sous mes projecteurs ?... Mais ce n’est pas une garderie ici, ma petite dame !... Un petit détail insignifiant : vous n’avez pas porté quelques instruments de musique ce matin jusque dans ces studios ?... Oui ?... A la bonne heure !... Apportez-les moi tous, cachez votre fille dans un coin et rangez-moi cette bestiole empaillée, trouvez-lui un autre jouet à votre gosse !... Vous n’auriez pas vu mon perchman, des fois ?... Je ne sais pas où il s’est perché, cet oiseau de malheur…

 

Mais non, pas un accordéon de bal musette, faut pas déconner !... Et pourquoi pas un sifflet brésilien, des castagnettes de Bolivie ou des coquillages de Polynésie !... Il me faut un objet en rapport, un qui appelle à la sérénité de l’instant, un qu’on entend avant qu’il commence à jouer, un solennel, un qui prend au ventre avec ses vibrations, un qui prépare des frissons naturels de bien-être !... Mais non, pas des cymbales !...

Une viole ?... Non !... Un violon ?... Vous pouvez trouvez mieux !... Un violoncelle !... Parfait !... Ne cherchez plus, on a l’instrument idoine !...

 

Dites, jeune homme, jusque là, on n’a pas eu trop besoin de vos services, mais là, il va falloir enfin nous montrer vos qualités ! Pour percer, dans notre métier, c’est bien d’avoir plusieurs cordes à son arc… Vous savez jouer du violoncelle, au moins !...  Toi, pas comprendre ma requête ?...  Tant pis, on enverra le « play back » !... Le perchman, quelqu’un a vu ce satané perchman ?...

 

Bon, tout est en place ?... On a notre bonze, plus vrai que nature, l’instrument est dans ses bras, l’archet est dans sa main, la lumière est OK, l’ambiance est recueillie, douce et sereine… 

 

Parfait !... On la tient ; on joue la scène de la page deux mille quatorze : Prélude musical à l’après-midi d’un bonze. Allez, en place !...

 

Caméra une, caméra deux, caméra trois… Envoyez la musique, la lumière, attention le clap !...  Top !... Ca tourne !... Merde, le piaf !... Coupez !...

 

Pourquoi j’appelle toujours le perchman ?... Il n’y a que lui qui fume les mêmes clopes que moi et je n’en ai plus… Et j’ai une p… d’envie de fumer !...

 

Pascal.

 

 

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P
<br /> Je ne fume pas !... <br />
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C
<br /> Ah! ah! ah! Excellent! Intarissable sur le sujet Pascal et quand on a une p.... envie de fumer, ça déménage! Lol! quelle énergie! Bravo! Chloé<br />
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J
<br /> toujours une superbe imagination on s'y croirait !<br />
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E
<br /> ah c'est épatant, quel rythme, quel speed et ...quelle imagination<br />
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A
<br /> Vite une cigarette pour ce pauvre  homme, il est entrain de pêter un cable, je ne voudrais pas être à la place  de tous ses employés   <br />
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M
<br /> Accessoiriste, accessoiriste ! Vite, un paquet de Gitane !<br />
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